Gregos Theopsy - Les lettres D’Athenes N.5 - Carnet de rencontre
J’ai rencontré Marianne à l’angle d’une rue. Elle était assise et elle pleurait. Il faisait horriblement chaud. Au début elle m’a insulté, et puis je l’ai emmenée boire un jus d’orange frais.
Marianne, assise en face de moi, parle sans respirer:
“Je suis une traître. Quelqu’un qu’il faut arrêter immédiatement,qu’il faut faire passer aux tribunaux. Parce que moi, je m’en fous de ce système de merde…Sauver l’économie, quelle idée de naze. Sauver quoi? Penser la possibilité de la gestion de tout…Mais ça nemarchera jamais mon pote!” Elle crie. “Je déteste les petits bourgeois, c’est bien fait pour eux! bien fait! Regarde-les, regardes comme ils ont l’air bête maintenant. Regardes comme ils sont effrayés!”
A côté de nous un couple se lève, l’homme murmure quelques mots fâchés au dessus de Marianne. Elle continue à me parler comme s’il n’existait pas “Tu imagines…cinquante euros. Cinquante euros pour la montre en or de mon grand-père! Je pensais qu’elle valait plus. C’est quoi cette économie pourrie qui tient même pas compte de la valeur sentimentale qu’on attache aux objets?”
Je la regarde dans les yeux un long moment… Je me demande si les Grecs sont conscients en permanence de l’étymologie des mots qu’ils emploient. Des mots comme “Oikonomia”, il faut les prononcer une fois lentement, juste une fois en pensant à ce qu’ils signifient. Oikos-nomos… L’enjeu de l’Europe, ses problèmes, son avenir. Depuis trois ans, les mots comme “économie” et “politique”, on se les balance les uns à la face des autres, à longueur de journée. Marianne parle depuis une heure. Je regarde autour de nous…les habitants d’Athènes sont à bout. ils tiendrons à peine jusqu’aux elections.
Sueurs froides…Quitter la ville au plus vite.



